11.08 / 13.08

     Il est 6h du matin. Un taxi vient nous prendre à l’hôtel Apu Huascaran, direction la gare routière. La ville se réveille doucement, la circulation n’est pas encore trop chaotique. Cette fois, nous quittons Cusco définitivement. Direction le Sud et la frontière avec la Bolivie.

 

Pour relier Puno, nous avons mis de côté certains de nos principes consistant à fuir les lieux trop touristiques ou à les aborder différemment comme au Machu Picchu pour échapper à la foule. Nous prenons donc un bus touristique pour le lac Titicaca. Ce dernier fait plusieurs haltes pour découvrir la Sixtine des Andes, la chapelle d’Andahuaylillas, le site archéologique de Raqchi dédié au dieu Wiracocha et Pukara, lieu de vie des premiers hommes au Pérou.

Il aura le mérite de nous faire découvrir dans une éloge de la lenteur que nous apprécions, la beauté rude et sauvage de l'altiplano, ce vaste plateau bordé de montagnes arides, exploité pour l'élevage des lamas et autres alpagas.

 

Ce désert d'altitude à près de 4000 m cumule la seule route menant de Cusco à Puno. La route du Sud est également assurée par une ligne unique concédée à la compagnie chilienne Perú rail. Il faut d'ailleurs autant de temps par la route que par le fer pour relier les deux villes.

Le bus croise sur cette route traversant de part en part le haut plateau andin, des camions poussifs qui transportent vers un ailleurs tout et rien.

La route cabossée par les trop nombreux passages est parsemée de-ci de-là par de très nombreux ralentisseurs.

 

Nous avons l'impression d'être au milieu de ces scènes de western où le seul horizon est ce ruban d'asphalte longiligne balayé par des tourbillons de poussière. Pour peu, on entendrait les mélodies d'Ennio Morricone. Seul manque la chaleur écrasante et un paysage un peu moins végétalisé.

Lors de notre passage au col de la Raya (4335 m), point haut de notre trajet, nous retrouvons tout ce que le tourisme de masse concentre de plus désolant à nos yeux. Alors que nous prenons quelques photos de l'apu Chimboya (5489 m)qui paraît bien triste au regard de la magnificence de l'Ausangate, avec son glacier à l'agonie, des touristes avec leurs perches à selfies se prennent en compagnie d'alpaga apprivoisés et de péruviennes de cinéma en costume pastiche et agneau dans les bras.

 

Le restaurant où nous faisons halte le midi est une caricature de l'occidentalisation du tourisme mondial : sacrifices à la gastronomie locale avec pains et autres desserts absents des standards péruviens. Au dehors, des jeunes filles en habits traditionnels font déambuler alpaga et lama en laisse devant chacune des baies vitrées.

Avec nos cartonnettes plastifiées "VIP" autour du cou pour accéder au all inclusive (visites, wifi à bord, boissons...) nous avons l'impression de faire partie des décors d'opérette des voyages pour retraités Simplon.

On the road again...

L’arrivée à Juliaca, la plus grande ville de la région de Puno, réveille notre sensibilité de voyageurs. Dans un joyeux désordre, les constructions s’entremêlent, s’entrechoquent. Les tojitos, sorte de touc-touc sud-américain, se faufilent avec insistance dans le fatras de la jungle urbaine. Le long de la route, les panneaux publicitaires appelant aux inscriptions dans l’université locale ou faisant la promotion des dernières offres téléphoniques se succèdent sur des dizaines de kilomètres, jusqu’à l’essoufflement. Puis, au détour d’un énième virage, le lac Titicaca se découvre en même tant que notre destination finale, Puno.

Tojitos à Juliaca

Découvrir la mer des Andes. Voilà notre programme pour les deux jours à venir. Nous embarquons avec un groupe sur un petit rafiot qui doit nous mener successivement aux îles Uros, puis à Amantani. Malheureusement pour nous, nous tombons avec un guide lourdaud dénommé Bruno. Ce dernier n’a de cesse de répéter « El grupo de Bruno. El grupo mas feliz » et de faire des blagues dignes d’un enfant de 5 ans. Heureusement, le cadre du Titicaca compense cette incongruité. Il s’agit d’une extraordinaire mer intérieure bordée de cultures en terrasses et de sommets enneigés, reflétant dans des eaux d’une luminosité incroyable le ciel immense et pur de l’altiplano. Perché à près de 3800 m d’altitude, le Titicaca est le plus haut lac navigable du monde et le plus vaste d’Amérique du Sud. Il étire ses rives entre le Pérou au Nord et la Bolivie au Sud.

Les îles flottantes des Uros.

A peine après avoir quitté le port de Puno, que déjà nous nous enfonçons dans les roselières d’où s’échappe à grands cris, une faune aviaire riche. Puis au détour d’un méandre, apparaissent les premières îles flottantes artificielles des Uros. Ces dernières sont constituées d’un socle de tiges de totora, le roseau du lac, échafaudé sur les racines entrelacées de plantes aquatiques. Les Uros afin d’échapper à leurs puissants voisins Aymaras, Incas et Espagnols y édifièrent leurs villages. Si originellement ces hameaux lacustres pouvaient présenter un intérêt du fait de leur unicité, le tourisme de masse les a totalement dénaturés. Ainsi, alors que les Uros vivaient de la pêche, de la chasse et de la récolte des roseaux, leurs descendants aymaras (le dernier Uros est décédé en 1959) trouvent leurs ressources dans la vente d’artisanat et rentrent en ville, une fois la journée achevée.

 

La visite de ce « Disneycaca » a été sans conteste, la plus grande déception de notre séjour péruvien. Une sensation de décor artificielle où l’on souhaite que le temps suspende son vol afin de satisfaire des touristes en manque d’authentique, alors même que des télévisions alimentées par panneaux solaires tournent en permanence dans les huttes au sol souple et spongieux. On se prête de mauvaise grâce au jeu afin d’en apprendre davantage sur ces lieux si particuliers, avec cependant le goût amer d’être pris pour le dindon de la farce lorsque l’on nous demande de nous acquitter de 20 soles par personne pour traverser à bord d’une barque en roseau le chenal entre deux îlots.

Cette perception acide de la chose doit cependant être nuancée. Il est possible en effet de découvrir véritablement ces îles et leur histoire singulière. Le meilleur moyen d’établir un contact plus profond est de séjourner au sein d’une famille sur une des îles Uros plus éloignées, comme c’est le cas en bordure sud de la péninsule de Capachica (îles Titino). Il est en effet dommage de passer à côté d’une telle expérience culturelle à cause des tours organisés qui salissent la réputation de cette communauté pré-inca. Une escapade hors des sentiers battus donne le temps et l’opportunité à ceux qui le désirent de créer un réel échange. Cela n’a malheureusement pas été notre cas, n’ayant pas suffisamment étudié les choses en amont…

 

Puis, reprenant le fil de sa visite, Bruno nous mène vers notre deuxième escale du jour. Nous sommes bien décidés à lui fausser compagnie dans l’après-midi, afin de profiter pleinement des paysages du Titicaca.

A la découverte d'Amantani

PachaTaTA (4115 m)

L'île de taquile depuis les hauteurs d'amantani

Nous accostons sur Amantani. Cette île volcanique est presque entièrement sculptée de terrasses agricoles. La maison de notre hôte, qui nous attend au débarcadère, est située à un jet de pierres du port. Nous logeons avec une famille parisienne et un couple américano-espagnol qui fait découvrir à sa fille de 8 ans l’Amérique latine. Ils ont ainsi déjà parcouru le Chili et remonte vers la forêt amazonienne.

La chambre qui nous a été attribuée est rustique, mais offre une belle vue sur le Titicaca dont les eaux dansent doucement sous le soleil.

 

Après déjeuner, nous partons en direction du sommet de l’île. Nous traversons d’abord le village d’Amantani où se tient une fête locale, puis progressivement les habitations laissent la place aux cultures de pommes de terre et autres tubercules. 

A 4070 m, on arrive à un petit col, le Chuñuno Pampa, situé entre les deux sommets. Nous bifurquons en direction du Pachatata (4115 m). Un temple surmonte la colline où Eole nous décoiffe pour tout accueil. Le sanctuaire est encore utilisé annuellement lors d’une cérémonie chrétienne à la San Sebastian au syncrétisme tout andin en l’honneur des apus, les montagnes sacrées.

Nous visitons ensuite le point culminant de l’île, le Pachamama (4130 m). Quel amusement de constater que nous réalisons un nouveau « 4000 » en ayant gravi seulement 370 m de dénivelé. Le regard embrase dans un 360° étourdissant, l’île voisine de Taquile, la presqu’île de Capachica, Amantani, les cordillères Apalobamba et Royale. 

 

Nous décidons de poursuivre notre excursion en effectuant une boucle afin de rejoindre notre hôte en empruntant la partie la plus sauvage de l'île d’Amantani, loin de la foule des groupes qui déferlent en vagues ininterrompues sur les points hauts.

Alors que nous parcourons un sentier serpentant entre les terrasses agricoles, les pierres se parent d'or. Le crépuscule a sonné et le soleil baisse à l'horizon sur les montagnes de l'altiplano alors que nous sommes encore loin de notre but. Benoît instinctivement allonge et accélère le pas. Il faut absolument atteindre le hameau d'Incatiana avant la nuit, d'autant qu'il n'a que des lunettes de soleil !

La lumière de miel du Titicaca

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Malgré tout, le paysage est somptueux et nous profitons pleinement du spectacle où le ciel embrase les eaux scintillantes du lac Titicaca. Terrasses agricoles abruptes, plages de sable noir, ravines ocre... cette partie de l'île est très sauvage. Au loin, prise dans les brumes d'évaporation, la cordillère royale bolivienne s'esquisse. Celle que les alpinistes autrichiens ont baptisé "l'Himalaya du Nouveau monde".

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Nouveau jour sur le Titicaca. Après une soirée assez décevante auprès de nos hôtes qui ont été invisibles, nous rejoignons le quai pour nous rendre sur l’île de Taquile et pas tequila comme ne cesse de le répéter ce lourdaud de Bruno.

 

Le navire fend les eaux divaguantes, alors que sur le pont supérieur nous nous grisons de l’air frais lacustre. Le paysage est bien visible ce matin, la chaleur n’ayant pas encore fait son oeuvre dévastatrice pour l'oeil aiguisé du photographe.

En une heure, nous avons rejoint l’ancienne fleur du soleil, Inti Tika, comme elle était appelée par les Incas.

Le piéton ici est roi. Nul engin motorisé n’est autorisé. La loi inca s’impose encore ici à tous : ne vole pas, ne soit pas paresseux, ne mens pas. Une belle philosophie de vie que l’on a trop tendance à oublier par les temps qui courts.

Nous remontons depuis le port jusque dans le centre du bourg par un sentier pavé très raide, après être passé sous une arche en pierre. Tout est ici très propret, soigné. Tout autour de notre parcours une végétation luxuriante se déploie sous nos yeux. Les effluves odoriférantes des essences locales explosants dans des teintes fuchsia, azur, olivine, nous charment à chaque détour. Le chemin de croix de certains, haletants à chaque pas, se transforme pour nous en chemin d’Ede aux couleurs lumineuses.

Arrivés sur la placette de l’église, la vue sans fin sur la Cordillère royale bolivienne et les ondulations infinies du Titicaca sous le soleil levant, parachève cette vision impressionniste.

 

L’île est connue pour ses tissages élaborés et chatoyants, notamment les fameuses ceintures de mariage chumpi, réalisées pour partie par l’homme et le reste par la femme. Nous ne faisons pas exception à la tradition, assistant à une démonstration réalisé par un jeune homme en habits traditionnels chanka.

 

Après notre escale à Taquile, notre reprenons le chemin de Puno. Notre bateau remonte le lac Titicaca en direction de la baie de la cité lacustre. Les eaux de cette mer andine scintillent d'un bleu intense, survolées par le vol gracieux de quelques mouettes. Nous croisons le cap Llachón et longeons quelques temps après notre première roselière, les totoras, servant à la construction des îles flottantes des Uros. Le rafiot tangue doucement, berçant Lucile qui somnole sur son fauteuil à côté de moi, alors que je me plonge dans quelques pages de la traversée de l'Himalaya par Alexandre Poussin et Sylvain Tesson. Littérature et voyage sont les meilleurs alliés contre la dépression ! La torpeur du début d'après-midi a gagné l'ensemble des passagers dans ce décor de cinéma.

La Cordillère royale bolivienne

Puno est une ville sans charme, sans âme. Elle paraît en chantier permanent. Des fers à béton émergent de ci de là dans la nuée urbaine. Les murs sont défraîchis et semblent laissés à l'abandon. La ville toute entière est délabrée. Les maisons grises et recouvertes de tôles parfois rouillées, remontent le long de collines pelées à l'image des villes sud-américaines. Même le quartier du port, aux abords du lac, est également peu engageant. Pourtant, la cité lacustre n'est pas dénuée de promesses avec ses coteaux descendant harmonieusement jusqu'au fond d'une baie lovée à 3800m. De loin, depuis les eaux du Titicaca, rien ne paraît mais lorsque l'on s'approche, la pomme est vérolée.

 

Nous terminons la journée dans un snack situé dans une petite rue, en dehors de la zone touristique, où nous commandons deux salchipapas. Il s'agit d'un plat originaire de Colombie, mais répandu dans beaucoup de cuisines d'Amérique latine. Il se compose de cervelas découpé en tranches et de pommes de terre frites, le tout arrosé de diverses sauces dont une au maïs. La tenancière est tout à la fois amusée et étonnée de voir deux occidentaux échoués dans son établissement. Elle nous interroge sur notre pays d'origine et nous souhaite en français "profitez bien" avant de partir avec un grand sourire. Ce lieu nous convient bien, loin des circuits balisés et trop convenus. Manger à deux pour 6 soles (soit environ 1,5 €) n'est pas pour nous offusquer. Nous aimons être en contact avec la vraie vie locale même si ce n'est que pour quelques minutes.

Inca [R] Nación

20 jours au coeur des montagnes sacrées des andes

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