05.08 / 10.08

     Transfert matinal à destination de Tinqui. Nous nous rendons jusqu’à l’arrêt de la ligne de bus devant nous mener au pied de la cordillère de Vilcanota, certainement l’une des plus sauvages et esthétiques du Pérou d’après ce que nous avons entendu dire.

Une partie de notre petite équipe nous attend déjà. Il y a Diego, notre guide et Basillio notre cuisinier. Nous retrouverons sur place notre deux arrieros : Amilcar et Simeón.

Nous chargeons dans la soute du bus tout le nécessaire à notre itinérance. Du gaz, une tente messe, des tentes double, un paquetage de nourriture pour la durée du trek, des casseroles, des assiettes et tout le nécessaire de cuisine…

Le ron-ron du moteur laisse espérer une prolongation de la nuit. En vain… Le chauffeur et son assistant chargé de l’encaissement des titres de transport laissent allègrement la porte ou la fenêtre ouvertes. Peut-être craignent-ils l’endormissement qui serait fatal à l’ensemble des protagonistes. La route s’égrène de village en village tantôt dans de longues lignes droites, tantôt aux détours de routes sinueuses. La vitesse est lente sur les routes péruviennes et régulièrement ponctuée de dos-d’âne particulièrement marqués. De plus, l’altitude relativement élevée de notre itinéraire renforce la difficulté pour des moteurs péruviens poussifs, notamment lors du passage du col de Pilluyo.

Tinqui, bourgade sans âme. Kilomètre 0, 3780 m au dessus du niveau de la mer. Sorte de village-rue au bout du monde. On y trouve la traditionnelle Plaza de Armas où s’agglutinent les boutiques diverses et variées et le marché. En attendant les derniers préparatifs, nous avalons une boisson chaude à base de quinoa sous les augures d’un condor impérieux, chancelant sur son piédestal. Puis le temps de partir est venu.

Nous nous élançons plein d’entrain et d’envie vers la sortie du hameau où nous retrouvons nos chevaux de bât, Crespo, Ronaldinho, Malacara et Alasan. Puis, alors que nous nous élevons après les dernières maisons, il apparait, rayant l’horizon de toute sa puissance et sa majesté : l’Ausangate, géant de roche et de glace, règne en maître sur la cordillère. Le Kailash péruvien… en faire le tour c’est comme un pèlerinage lors duquel toutes les faces de la montagne se donnent à voir, lentement, tel un dessert savoureux que l’on déguste par petits morceaux. 

Nous traversons encore quelques minuscules bourgs au façades peintes aux couleurs des partis politique locaux ou nationaux (Apu, T pour les partisans de l’ancien président Toledo…), puis peu à peu les immensités herbeuses prennent le pas, les alpagas se font plus nombreux et le silence fait sens. La nature est là… enivrante, fascinante. L’étape est courte, à peine quelques heures de marche pour rejoindre la quabrada Upismayo, mais nous sommes déjà loin. La déconnexion a opéré.

Upis, notre campement pour la nuit est idéalement situé sous l’impressionnante face nord de la divine montagne, gage d’un coucher de soleil radieux. A quelques mètres de là, en rive gauche de la rivière, une piscine thermale à 35° nous accueille pour quelques minutes de délassement.

Viscache
Glacier de l'Ausangate

Après une nuit réparatrice et bénéfique pour l’acclimatation, nous reprenons notre route en direction du premier col de notre trek, le col Arapa, perché à près de 4800 m.

Nous déambulons au milieu d’un chaos rocheux, vestige du recul glaciaire. Puis, d’un seul coup, Diego nous demande d’approcher à pas feutrés en direction d’un amoncellement de roches instables. Tapis dans l’ombre, nous apercevons notre première viscache. Rongeur de la famille des chinchillas, ce petit animal de la taille et aux allures de lapin, présente une activité principalement nocturne. Pour pouvoir les observer, il faut profiter de la fraicheur matinale ou de la tombée du jour et se faire relativement discret, à la différence de nos marmottes alpines guère gênées par les randonneurs circulants au loin.

L'Ausangate
Vigognes sauvages
L'Ausangate

Quelques encablures plus loin, nous observons des oies des Andes qui s’affairent à la construction de leur nid. Cependant, nos périple animalier ne fait que commencer. Notre rythme soutenu nous permet d’atteindre rapidement le col Arapa (4800 m) dominé par les imposantes coulées de glace de l’Ausangate.

Sur un petit terril à proximité, un petit troupeau de vigognes sauvages paît tranquillement au soleil. Ces animaux semblent tellement frêles et fragiles, dessinés d’un seul trait de plume dans la pureté la plus simple... Magie du regard et des sens lorsque nos doigts ont la chance et l’honneur de glisser sur leurs pelisses aux fils d’or.

Après une courte cérémonie en l’honneur de la Pachamama et une myriade de photos, nous reprenons notre chemin en direction de la vallée où se love la Laguna Uchuy Yanacocha (« petit lac noir », 4690 m). Alors que nous faisons une courte pause photo, nos arrieros nous rejoignent déjà. Tout autour de nous le pentes croulent sous d’imposantes langues glacières. Pourtant, les nombreuses pièces d’eau plus ou moins vastes où se reflètent les pics Sorimani et Tucusari, témoignent du retrait inexorable des glaciers.

L'Ausangate
Pause photo au col Arapa
L'Ausangate
L'Ausangate

Puis c’est au tour du grand lac rouge, le Jatun Pucacocha (4850 m) d’accueillir nos pas. L’eau est pourtant d’un bleu profond. Pas de pigment ocre à l’horizon et pourtant… alors que nos yeux restent captifs des profondeurs aquatiques, le relief environnant se colore d’oxyde de fer, de moirures verte, de zébrures d’un jaune paille… Dame nature s’est repousser ses prouesses pour éblouir nos sens. Après tout, les Rainbow mountains ne sont pas si loin que cela ! Quel contraste avec la blancheur immaculée des cimes altières de l’Ausangate.

Alors que nous reprenons de l’altitude, le vent se fait sentir à chaque pas davantage, arrachant aux pentes gelées de la face Sud du géant un souffle glacé. Depuis le petit col d’Apacheta (4840 m) dominant la beauté glacial de l’Ausangatecocha, l’impression première est déroutante. Le lac aux eaux glaciales d’un bleu turquoise est entouré de moraines de plusieurs mètres de hauteur, témoignant de la force brute des éléments. Nous nous hâtons de dépasser la crête pour nous abriter et descendons rapidement jusqu’à notre camp pour la nuit, en nous enfonçant dans ce cratère de météorite. 

Alpaga
Rainbow mountain
Ausangatecocha

Notre journée commence en remontant au bord d’une moraine glaciale géante dominant l’Ausangatecocha. Nous nous échappons quelques instants en compagnie de Diego, afin de prendre toute la mesure de ces dépôts glaciaires et de l’imposant dragon de glace qui dessine sa redoutable silhouette au dessus du lac qu’il ne peut plus atteindre. Puis, nous reprenons le cours des choses en nous hâtant lentement sur le serpentin terreux montant au col Alto Palomani (5050m), situé aux confins des épaules de l’Ausangate. Après une lente procession, une vue panoramique grandiose et un silence total s’offre à nous. Les sommets environnants dialoguent dans un surprenant contraste, roches rougeoyantes sur fond d’azur contre roches noires à la dramaturgie évidente, auréolées des entrelacs des nuances translucides de bleu et des blancs profonds de la glace. 

Basillio nous rejoint alors que nous nous élevons quelques centaines de mètres au dessus de panonceau de bois marquant le passage de la brèche. Il nous fait découvrir la particularité insoupçonnée de certaines roches aux couleurs étonnantes. Certaines, contiennent même des paillettes d’or. Alchimie étonnante que cette géologie andine. Preuve en est encore, à quelques encablures du céleste sommet, un lac aux eaux fauves. Décidément, Dame Nature n’a rien fait dans l’ordinaire dans ce coin reculé du Pérou, au plus grand bonheur de nos yeux.

Une fois cette pause contemplative achevée, nous reprenons notre bâton de pèlerin et descendons dans une nouvelle vallée aux eaux claires. Nous alternons entre troupeaux de lamas et hameaux aux maisons en pisé. Au détour d’un vallonnement, une cascade de glace apparaît. Le monde de Narnia par 25 degrés ! Basillio et nos arrieros ont tellement bien fait les choses que nous déjeunons à ses pieds avant de rejoindre rapidement Jampa (4800 m) où nous passerons la nuit.

La soirée est atypique. Nous commençons en premier lieu, par « chasser » les viscaches afin de prendre les plus belles prises de vue possibles, puis nous nous cassons le cou à admirer le vol majestueux d’un couple de condors qui se laissent porter majestueusement en l’altitude par les convections. Enfin, nous assistons à un match de football endiablé entre les encadrants Péruviens des différents groupes présents au camp et quelques trekkeurs, tout en discutant avec Christian Leroy, l’un des patrons de l’agence française Tirawa basée à Montmélian, à quelques kilomètres de chez nous.

Col Palomani (Pérou)
Col Palomani (Pérou)
Massif de l'Ausangate (Pérou)
Viscaches
Viscaches
Cascade de glace, massif de l'Ausangate (érou)
Camp Jampa (tour de l'Ausangate)

Le camp Jampa (4800 m)

Partie de football au camp Jampa (Tour de l'Ausangate)

SUNSET DREAM

JAMPA (4800 m) - AUSANGATE - PERU

Le camp Jampa (4800 m)

Une grosse journée nous attend aujourd’hui. En effet, nous devons nous élancer à bride abattue à l’assaut des pentes du toit de notre trek le Huayruro Punco. Diego nous a fait une surprise. Initialement, nous devions seulement réaliser le sommet Sud, mais face à notre efficacité durant ce trek et à une certaine aisance en haute altitude, il nous mène avec Basillio et Simeón au sommet principal permettant de dominer le lac de Sibrinacocha et d’embrasser du regard tous les hauts sommets englacés environnants.

Nous sommes seuls au milieu de ses prairies d’altitude. Nulle âme qui vive. Quelques hardes de vigognes et d’alpaga semblent nous regarder d’un air interrogateur sur notre présence en ces lieux enchanteurs. Il faut sauter entre les filaments d’argent de la Yanamayo, faire mordre à chaque pas la poussière de la puna, s’élever toujours plus haut vers les cimes. L’altitude et la pente commencent à se faire sentir sur nos organismes. Loin de baisser les bras, nous relevons le défi avec abnégation, trop heureux d’être aux confins de la civilisation.

Le massif du Ccallangate (6110 m)

Le massif du Ccallangate (6110 m)

Seul au monde...

Seul au monde...

Puis, face à nous alors que les glaciers semblent semblent s’échouer sur la sente comme des icebergs à la dérive, le flanc de la montagne se relève subrepticement avec intensité. Pas d’échappatoire, il va falloir monter à coeur. Le sol se dérobe sous nos pieds à chaque pas, poussières de roche, fruit du lent travail des glaces. A quelques mètres de la ligne de crête Diego nous demande de fermer les yeux. C’est à tâtons que nous réalisons les derniers hectomètres avant d’assister au spectacle XXL de la Nature. L’intensité du bleu de cobalt du Sibinacocha, tranche singulièrement avec les camaïeux de blanc des neiges éternelles et les grisailles des sommets millénaires. A nos pieds, un monde de pâturages, un monde besogneux et pugnace qui tente de survivre face aux transformations effrénées et inéluctables de la société.

C’est le coeur serré face à tant de beauté que nous quittons après une bonne demi-heure entre ciel et terre, notre promontoire contemplatif. Le chemin est encore long et le ciel se fait menaçant au dessus du camp de Jampa. Simeón se veut rassurant. Bien souvent l’orage s’abat sur Jampa mais pas sur le col.

Nous nous hâtons donc de rejoindre les contre-forts de ce dernier. Ici, point de sentiers. La navigation à vue est le seul exutoire. Nous serpentons entre moraines abandonnées, rio asséchés et croupes débonnaires. De ci, de là, une viscache, un alpaga ou un caracara. Puis, c’est au tour des trois petits lacs Ticllacocha, situés sous l’altière aiguille de Puca Punta, de recevoir notre visite. Pas de halte, l’horloge tourne inéluctablement et l’orage gronde toujours au loin. Pourtant, la fatigue de tant d’effort commence à se faire sentir et il nous faut encore nous hisser vers le col à plus de 5000 m.

 

Nous grimpons le long de la moraine et profitons de la vue sur les glaciers des massifs de l’Ausangate à notre gauche et du Callangate à notre droite. Les lacets s’enchaînèrent de manière interminable. Un dernier plat sans fin et une multitude de cairns marquent le passage du Paso Campa (5070 m).

Il ne nous reste alors plus qu’à rejoindre Jhampa notre camp de base du soir. Durant les derniers mètres de descente, nous admirons les sommets emblématiques entourant Cusco, Salkantay, Chicón, Verónica...

C’est dans un lieu grandiose que nous allons passer notre dernière nuit sous les flancs de l’Ausangate. Les glaciers débordent de vallons perchés, apportant un souffle glacial venu des cimes. Mais la chaleur, bien que éreintante, d’une si belle journée, passée en compagnie de belles personnes, nous réchauffe le coeur.

Huayruro Punco (5520 m)

Après notre petit déjeuner, Diego nous propose de nous hisser une dernière fois sur l’épaule d’un sommet sans nom afin de prendre de la hauteur et bénéficier d’un magnifique panorama sur les beaux lacs de Comerccha, Cuycocha, Otorango et Azulcocha. Les gens viennent de toute la région de Cusco pour découper de la glace sacrée de l’apu. Les lacs ont un côté envoûtant. Chaque pièce d’eau semble vouloir créer sa propre couleur afin de se différencier de sa voisine. Cela va du bleu acier, au bleu de cobalt. Du vert d’eau, au vert émeraude... Nous continuons ensuite en direction de Pacchanta (4230m). Nous prenons le temps de savourer ses derniers instants auprès des beautés de l’Ausangate. Une dernière halte, nous mène aux eaux chaudes (37° C) de Calachaca que nous savourons particulièrement au milieu de ce décor d’opéra. Puis, petit à petit la civilisation fait son retour. Ici une piste carrossable, là un pont métallique... La parenthèse enchantée se referme progressivement à mesure que nous nous dirigeons vers Tinqui.

Lacs de Comerccha

L’étape du jour est courte mais chargée d’émotions. Cela débute dès que nous ouvrons la porte de notre tente. Basilió s’est en effet levé bien tôt. Il nous a magistralement réalisé un gâteau avec les rares ustensiles de cuisine à sa disposition. Avec l’aide de Diego, il a réalisé un nappage reprenant la silhouette de l’Ausangate. Nous sommes sans voix et très touchés. Puis, c’est le temps des au-revoir , après une dernière photo collective devant l’auguste cime.

 

Nous avalons les quelques kilomètres qui nous séparent de Tinqui où nous devons reprendre le bus. Peu après notre départ du dernier camp, nous observons au loin la maison d’Amilcar, puis celle de Simeón d’où surgit son plus jeune fils qui lui saute au cou. Petite maison colorée sans confort, ni eau courante, ni électricité, où il vit avec ses nombreux enfants. Le Pérou c’est aussi cela, une population encore dans le mal développement. Ici, on est loin de Lima.

Sur le chemin du retour vers Tinqui, nous distribuons aux enfants que nous rencontrons les dernières vivres de course encore à notre disposition, mais également des nécessaires pour les soins dentaires et quelques stylos. Une goutte d’eau dans un océan de sourires…

 

De retour à Cusco, nous profitons des quelques heures à notre disposition dans l’ancienne capitale de l’empire andin, pour parfaire notre connaissance de la civilisation inca dans le musée du palacio del Almirante où un panorama complet et instructif de ses origines à sa chute est présenté. Le Museo Inka conserve quantité de bijoux, momies, céramiques et objets de la période pré-colombienne majeure dans les Andes.

 

Afin de parachever notre immersion péruvienne, nous décidons de nous rendre dans l’un des restaurants emblématiques de la ville : Pachapapa, afin de découvrir le cuy. 

L’ambiance est bon enfant dans l’établissement avec un groupe de musiciens s’adonnant à quelques airs puisés dans la variété internationale ou péruvienne. Nous en profitons pour savourer un cocktail local de fruits.

D’abord assez réticent à l’idée de déguster du cochon d’Inde, la curiosité a pris le dessus. L’animal est servi rôti au feu de bois avec des légumes en accompagnement. Le serveur l’apporte dans un premier temps entier, puis vous le ramène découpé. La première impression en bouche est de constater que cela ne ressemble à aucune autre viande. Certains diront que cela se rapproche du poulet. Personnellement, nous n’avons pas trouvé. Nous soulignerons néanmoins que la quantité de viande du cobaye est au final assez faible, si on la rapporte à son ossature.

Inca [R] Nación

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