Escapade au 

Du 21 juillet au

11 août 2018

Piz Sesvenna (3205 m)

    △ Sesvenna, Grisons - Suisse

- Depuis Mitteralm (Taufers im Münstertal) -

Jeudi 2 août 2018

Fiche technique

Piz Sesvenna

     5h40. Je m’extirpe de notre logement, ombre furtive dans cette nuit en train de mourir. La voiture démarre et s’engage dans la petite route passant derrière l’Haus Rufinatscha où nous avons élu domicile pour deux semaines. Direction Mitteralm (2011 m), charmante ferme d’alpage en pierre et au toit en tavaillons. Les virages s’enchaînent à la lueur des phares. Puis, la route se fait piste agricole. A 2000 m, terminus. Le jour vient de poindre. Derrière moi, l’Ortler, totalement dégagé, s’allume comme une veilleuse pour enfants. Le gros orage de la veille a totalement lavé le ciel. La journée promet d’être belle.

L'heure où tout s'embrase

Le sesvenna est visible dès le départ (2è sommet en partant de la gauche). 

L'Ortler (3905 m)

Le versant austère du Piz Starlex.

L’air est frais, cela m’évitera une surchauffe rapide. A l’alpage, les trailleuses se font entendre, mais nulle âme dehors. Je remonte calmement le vallon d’Avigna en direction de Praviert où doivent réellement débuter les hostilités. A main droite le Valgarolabach paresse et divague avant de s’énerver en prenant la direction de Taufers.

 

Après une demi-heure de marche, j’atteins Praviert. Sur certaines cartes, on peut lire qu’il s’agit d’un refuge. En réalité, il faut davantage parler d’une bergerie. J’attaque alors la pente au milieu des rhododendrons et de jeunes arolles. La sente est bien marquée mais la végétation se referme et reprend progressivement ses droits.

Plus haut, des brebis font entendre leurs clarines, auxquelles répondent les carons plus profonds des bovins situés plus bas dans la vallée.

Le soleil levant éclaire d’une lumière acidulée les sommets du massif de l’Ortler. Je distingue maintenant distinctement le Cevedale à la gauche du roi et les pistes du Stelvio à sa droite. Peut-être qu’un futur champion olympique s’entraîne à l’heure qu’il est !

le Valgarolabach

Progressivement, la pelouse alpine se fait plus rocailleuse. Le sentier disparaît alors complètement par moments. C’est ensuite au tour des premiers pierriers de faire leur apparition, suivi de très près par les névés. La pente se fait alors de plus en plus forte. Il faut en effet rejoindre la ligne de crête séparant l’Avignal du Val Sesvenna.

On quitte sur la pointe des pieds, mais assurément, l’étage alpin pour le monde minéral et la rudesse sans égale de la haute montagne. Le sol se fait farine glaciaire, trace mémorielle du passé de la montagne. Malgré la traîtrise du terrain qui se dérobe sous les pieds, la progression est rapide. Un peu d’attention est nécessaire pour ne pas perdre l’équilibre. L’itinéraire danse dans la pente, ne sachant qu’elle direction prendre. Droite, gauche, droite, puis finalement oblique sous la crête en direction du Piz Sesvenna clairement visible désormais avec sa croix sommitale. Nulle trace de sentier désormais. L’orientation se fait grâce aux traces de peinture bicolore et à l’instinct.

On quitte sur la pointe des pieds, l’étage alpin pour le monde minéral et la rudesse sans égale de la haute montagne.

Dans ce monde sauvage où l’homme n’est qu’un simple invité, on retrouve sa nature profonde de montagnard, celle que l’on cultive pas après pas, course après course.

Il ne s’agit plus désormais uniquement de marcher. Il faut poser les mains, étudier le terrain, placer ses pieds, se repositionner pour progresser. Je prends des airs de voltigeur, sans maîtriser l’art de la cascade, sur cette arête où le Sesvenna ferner n’attend qu’une erreur pour vous accueillir avec chaleur dans ses bras glacés.

Je rencontre alors un couple d’Allemands débutant sa descente. Nous échangeons brièvement. Ils sont partis ce matin de la Sesvennahütte et ont emprunté l’itinéraire du glacier. Ce dernier fait peine à voir. Quelle tristesse de constater sa décrépitude. Je ne suis pas certain que dans vingt ans, il sera toujours présent...

Après trente minutes, la cime me tend les bras. Plus que quelques mètres pour toucher la croix et inscrire quelques mots sur son livre d’or. Durant mon ascension, le temps a changé. Le soleil resplendissant de la première heure a laissé la place à un ciel de traîne tout en nuances de grisailles. Au loin, en direction des Dolomites, une étrange lueur orangée reflète les sommets en ombre chinoise. Le spectacle est véritablement surprenant.

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