Escapade au 

Du 21 juillet au

11 août 2018

seebodenspitze (2559 m)

    △ Sesvenna, sud-tyrol - italie

- en boucle par le Seeköpfl et les Drei Seen -

Mardi 24 juillet 2018

Fiche technique

Seebodenspitze

     Le Sud-Tyrol, la province de langue allemande du Nord de l’Italie. Une pincée de rigueur germanique sur le versant méridional des Alpes.

Pour notre première randonnée dans ces alpages du Tyrol que nous affectionnant tant et que nous retrouvons avec bonheur depuis notre dernière visite en 2012, nous devons résoudre la quadrature du cercle. En effet, il nous faut trouver un sommet qui combine à la fois un dénivelé modéré pouvant convenir à une femme enceinte, un panorama sympathique et une distance acceptable depuis notre camp de base situé à Taufers im Münstertal.  A force  de chercher, nous avons trouvé la perle rare, la Seebodenspitze dominant l’Haidersee et le Reschensee, dont le départ est accessible facilement en empruntant une télécabine qui nous mène à 2120 m et offrant une vue imprenable sur le massif de l’Ortler !

Reischensee et son célèbre campanile.

L'Ortler / Ortles (3905 m)

     Départ est donc donné en milieu de matinée pour le village de St. Valentin auf der Haide à 20 km de Taufers. Déjà les premiers glaciers apparaissent au loin alors que nous empruntons les lacets du Reschenpass marquant la frontière avec l’Autriche.

Nous lassons les chaussures et hop, filons dans la télécabine direction l’Haider Alm. Un  vaste restaurant d’altitude et des installations récréatives nous accueillent. Nous ne nous attardons guère et empruntons le sentier panoramique en direction du Grüner See. Malgré l’altitude, la chaleur est déjà bien présente, renforçant les effluves boisées des arolles ô combien présentes dans ces Alpes orientales. Derrière nous, nous laissons le Reschensee au vert lumineux profond célèbre pour la Grauner Turm, campanile émergeant de l’eau depuis la submersion de l’église du village de Coron Venosta en 1950 par les eaux du lac de retenue. Aujourd’hui, cet édifice constitue sans conteste le symbole du Vinschgau.

Puis soudain, au sommet d’un épaulement, le grand spectacle commence. Le massif de l’Ortler dans son entièreté apparait. Cevedale, Königsspitze, Monte Zebru, Ortler, ils défilent tous devant nous comme à la parade. L’ancienne culminance de l’empire d’Autriche-Hongrie a fière allure dans sa carapace de glace. La légende dit qu’il s’agit d’un géant pétrifié, cependant le massif de l’Ortler est davantage resté célèbre pour les terribles combats qui s’y sont déroulés au cours de la Première Guerre mondiale entre Italiens et Autrichiens au niveau du col du Stelvio. Les deux armées se sont enfouies dans des tranchés et des casemates creusées à même les flancs de la montagne. L’armée autrichienne alla même jusqu’à hisser un canon sur les contreforts de l’Ortler pour bombarder en contre-plongée son ennemi transalpin. On devient nostalgique en repensant à toutes ces pauvres ères qui souffrirent sur ses pentes, bien loin du côté récréatif de la montagne qui est le nôtre aujourd’hui. On se remémore les belles pages du roman de Gérard Guerrier, Alpini : de roc, de neige et de sang (éditions Glénat, 2017), consacré à ce triste moment de l’histoire des Alpes.

Après une traversée horizontale au dessus du vallon de Grünboden, nous arrivons au Lego Verde / Grüner See. Peu profond, ce joli lac de montagne alterne des eaux tirant sur le vert d’eau et le vert émeraude. La double nomenclature italo-germanique nous rappelle combien le Sud-Tyrol est partagé entre son appartenance à l’Italie contemporaine et sa germanitude profonde, issue de sa longue histoire au sein de l’empire d’Autriche, lorsqu’elle ne constituait qu’une partie de la province du Tyrol. La capitale historique de cette dernière n’est-elle pas d’ailleurs jusqu’en 1420 la ville de Meran (Mérano) où se trouve le château qui lui a donné son nom ? Andreas Höfer, le héros de l’insurrection tyrolienne face aux troupes de Napoléon n’est-il pas natif du Passeiertal ? Le coeur des Sud-Tyroliens balance souvent davantage du côté d’Innsbruck, que de Rome malgré les tentatives d’italianisation, parfois forcées comme sous le fascisme.

 

Nous nous élevons ensuite vers le Seeköpfl (2635 m), sommet secondaire offrant une perspective sur la suite des opérations. Un sentier bien marqué serpente alors le long de la crête, alternant entre versant nord et versant sud.

La montée est régulière et sans difficulté particulière. Il faut cependant rester vigilant pour Lucile afin de ne pas être déséquilibrée.

Après 2h20 d’effort, nous voilà récompensés. Une grande croix en fer blanc moderne nous accueille. Nous poussons le traditionnel salut à la montagne « Berg, Heil ! » et consignons quels mots dans un livre d’or du Club alpin Sud-Tyrolien (AVS) déjà bien chargé. Le sommet est en effet l’une des classiques du secteur, idéale pour les randonnée en famille.

Un panorama XXL s’offre à nous. D’un côté, le massif de l’Ortler. Dans notre dos, les cimes du groupe de la Sesvenna, dont le Piz (3205 m) constitue l’un des objectifs de notre séjour. Plus loin, les Alpes grisonnes et le massif frontalier de la Silvretta avec le Piz Buin, nom célèbre pour être celui d’une marque de crème solaire. Face à nous, les premiers sommets de l’Ötztal, Weissseespitze, Weisskugel… Comment ne pas nous remémorer notre ascension de la Wildspitze, six ans plus tôt où l’histoire extraordinaire d’Ötzi, la momie vieille de 5000 ans retrouvée près du Similaun (3606 m) en 1991 et à laquelle nous avons rendu visite la veille au musée archéologique de Bozen / Bolzano ?

 

Une fois substantés, nous reprenons le chemin de l’Haider Alm. La pente est forte et la terre mise à nue propice aux glissades. Vigilance est le maître mot ! Un dernier pierrier à passer, et nous poursuivons sur le sentier n°10 pour rejoindre les Drei Seen, un ensemble de petites pièces d’eau à l’écart des pistes de ski de St. Valentin.

Deux heures après, avoir quitté le sommet nous retrouvons la gare d’arrivée de l’Haiderbahn, ravis de cette belle escapade revigorante au milieu d’une montagne vivante et enchanteresse comme nous l’aimons tant.

Contact

© 2012-2020 La Terre vue des Cimes. Tous droits réservés

  • White Facebook Icon
  • White Twitter Icon
  • White Vimeo Icon
  • White Pinterest Icon