Kronplatz / Plan de Corones (2275 m)

    △ Dolomites, Sud-Tyrol - Italie

- Depuis Geiselsberg -

Lundi 6 août 2018

Fiche technique

Kronplatz

Il est des sommets qui ne vous font pas envie. Bardés de remontées mécaniques, trop prisés par le tourisme de masse... À première vue, il s’agit davantage de lieux qui nous repousse, que de sommets cochés à la liste de nos envies. Le Kronplatz a n’en pas douter ne fait pas partie de la race des seigneurs.

Pour aborder ces lieux, il nous faut toujours un but, un motif, un angle de vue décalé qui peut susciter notre intérêt. Quel plaisir de marcher au milieu d’alpages balafrés de pylônes, de canons à neige en chômage technique et de bâtiments désaffectés en période estivale ?

Pourquoi alors avoir choisi de réaliser l’ascension du Kronplatz ?

Depuis 2015, sa cime débonnaire accueille le dernier né des musées consacrés par Reinhold Messner aux montagnes du monde, ici présentant l’histoire et les évolutions de l’alpinisme.

Nous aurions pu prendre la télécabine qui passe à quelques mètres du balcon de notre hébergement à Geiselsberg (Olang) afin d’aller le visiter, mais nous souhaitions mettre du sens à cette visite. Messner n’a pas placé son musée au sommet par hasard. Il y a un sens plus profond. Faire percevoir l’omniprésence de la montagne dans les sociétés et sa capacité de miroir de l’Homme en révélant la profondeur de son âme.

Le musée abordant une pratique pure, minimaliste, empreinte de respect vis à vis de la montagne, dans l’esprit des pionniers, nous avons souhaité faire de cette randonnée un rite initiatique, une manière de s’imprégner de l’esprit des lieux et d’ouvrir ainsi nos esprits à cette leçon de vie. Messner ne parle-t-il pas de son « quinzième 8000 » lorsqu’il évoque ses 6 musées ? « Corones », la couronne en ladin, cette langue Romane parlée par encore 30 000 personnes principalement dans le Val Gardena et le Val Badia situé aux pieds du musée. Ce musée constitue le dernier élément, la consécration pour ce projet porté par cette légende de l’alpinisme au XXe s.

Nous partons donc à pied de notre garni situé à 1425 m dans une ferme située sur les hauteurs de Geiselsberg, la Niedereggerhof. Cela sent bon le foin et l’odeur de l’étable mais ce matin, pas le temps de flâner. Quelques mètres pour sortir de la cour et nous voilà déjà sur le sentier n°3 menant au sommet du domaine skiable. Le début de la montée est monotone, pour ne pas dire assez désagréable sur ce long serpentin bitumé. Une fois passé Obereggeralm, l’itinéraire se transforme en piste à 4x4. Pas question de s’attarder trop longuement à proximité de la ligne de la remontée mécanique. Nous bifurquons dès que possible vers des alpages non affectés à la pratique du ski. Huberalm semble dormir d’un sommeil estival... pour éviter les transformations du tourisme de masse, on repassera. Nous poursuivons notre fuite en avant en nous enfonçant dans la forêt. Direction un petit lac que nous avons repéré sur la carte : Schartlberg. Stupéfaction, «  Où est le lac ? ». A la place, des engins de chantier ravagent les environs. Nouvelle fuite, toujours en sous-bois, pour rejoindre Spitzhorn (2173 m). Dans une clairière qui se révèle être une piste de ski, nous découvrons le sort qui a été fait à notre lac. Il a été transformé en retenue colinéaire...

Après cette déconvenue, notre itinéraire est plus conforme à nos espérances, bois aux douces senteurs de résineux, trilles harmonieuses de passereaux, couvert végétal de myrtilliers et d’airelliers. Ouf, on respire. En fond de vallée, Bruneck et l’Ahrntal se dessinent sous les imposants sommets des Hohe Tauern marquant la frontière avec l’Autriche.

Surendra-Nepal / Lhotse South Valley, 2013.

Petit à Petit, la foule se fait plus dense à mesure que nous approchons de la croix de Spitzhorn. La langue de Dante se fait entendre de loin, l’Italien étant très volubile.

Lentement, nous approchons du plateau sommital. Ce dernier a fortement été aménagé. Il constitue le paradis des enfants avec force balançoires et autre accrobranche. Au centre de toutes ces installations trône une imposante cloche la « Concordia » édifiée en 2000.

 

Nous cherchons du regard le bâtiment du musée. Il a été édifié sur la bordure de la montagne, dominant le Gadertal (Val Badia) à la confluence des trois cultures du Sud-Tyrol - allemande, latine et italienne.

C’est l’architecte Zaha Hadid, aujourd’hui décédée (1950-2016) qui avec les équipes de son agence, a conçu l’édifice.

Deux immenses baies vitrées protégées par un auvent de béton aux allures de cristal de roche, marquent l’entrée du musée qui transperce la montagne de part en part en direction des 4 points cardinaux et des massifs bordiers du Sud-Tyrol : Alpes du Zillertal au Nord, Ortler à l’Ouest, Marmolada au Sud et Dolomites de Lienz à l’Est.

Une fois à l’intérieur, le visiteur oscille entre la sensation de pénétrer dans les crevasses d’un glacier ou la sensation d’être absorbée par la montagne, de ne faire plus qu’un avec elle.

Des peintures allant du XIXe à la période contemporaine accompagnent la progression dans l’exposition. Le musée retrace les grandes heures de l’alpinisme du début du siècle avec la célébration de quelques grands noms : Innerkofler, Preuss, Bonatti, Zsigmondy... mais aussi quelques tragédies comme celle de la conquête de la face nord de l’Eiger, le décès de Zsigmondy à la Meije ou les drames himalayens au Nanga Parbat (Günther Messner) ou au K2 avec Bonatti. On peut s’attarder sur l’évolution de certains matériels spécifiques, crampons, pitons ou s’émouvoir sur de nombreuses reliques comme le piolet de Mummery à l’Everest ou une corde d’Hermann Buhl.

 

Messner pose également un certain nombre d’éléments de réflexion sur la pratique de l’alpinisme et de la montagne aujourd’hui plus globalement. Doit-on recourir à des artifices mécaniques, pour ne pas dire des prothèses technologiques pour réaliser une ascension ? Quelle est la place de ce sport dans la société d’aujourd’hui ? Une de ses citations a particulièrement attiré notre attention : « Où commence l’alpinisme quand le tourisme a atteint le sommet de l’Everest ? ». Ce questionnement nous avait déjà hanté lors de notre séjour au Népal en 2013 lorsque notre ami-guide Thile nous avait expliqué que certaines personnes tentant l’Everest, n’avaient aucun vécu en alpinisme auparavant. Leur seul CV en montagne, avoir versé les 55 000 à 70 000 € du permis d’ascension. Cela laisse songeur...

 

Fort de cette méditation et de ce bain culturel dans un milieu qui nous est si cher, nous déambulons aux abords du MMM afin d’apprécier le panorama qui s’offre à nous. Nous cherchons le Hochweiler et le Grosser Moseler que nous avions contemplé lors de notre séjour dans le Zillertal - nous ambitionnions initialement d’en réaliser l’exploration, mais l’arrivée prochaine d’un heureux événement a quelque peu bouleversé nos plans. Puis, nous assistons à un concours d’ombres chinoises sur les sommets des Dolomites qui se teintent d’une variation infinie de nuances de gris.

Il est temps de redescendre, l’orage gronde...

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