Logo Cerces Thabor Mont Cenis.png

     Nouvelle année et nouvelles aventures alpines. Notre soif de découverte de l’océan alpin n’est jamais étanchée et terriblement stimulante. Quoi de mieux que de partir en raid pour apprécier cette immensité tellement envoûtante ?

 

Direction la sauvage vallée de la Clarée afin de profiter des neiges ensoleillées des Alpes du Sud.

Après trois heures de route via le col du Lautaret, nous débutons notre périple à Névache.

L’étape du jour ne présente pas de difficultés particulières. En effet, il suffit juste de remonter le long des berges de la Clarée. On s’écarte parfois quelques peu du cours d’eau afin d’emprunter la route serpentant en direction de la Haute-Clarée, fermée à la circulation pour l’hiver.

J’emmène avec moi un groupe de quatre Cafistes en ski de randonnée nordique sur cette belle boucle itinérante entre Clarée et vallée Étroite.

Fiche technique

Raid en Clarée en SRN

C’EST où ?

  

Situé à l'extrémité Nord-Est du département des Hautes-Alpes, à proximité de Briançon et de la frontière italienne, la vallée de la Clarée offre cette si douce lumière des Alpes du Sud dans un décor de enchanteur.

On y découvre l’authenticité de  petits villages de montagne au fil d’une rivière cristalline où chaque ruelle et chemin est un secret préservé à découvrir.

Nous traversons un à un tous les hameaux agrémentés chacun d’une petite chapelle. Rappelant ainsi l’isolement que subissaient autrefois les hautes vallées. Le Lacou, le Verney (1770 m), la Basse Sausse, de Lacha (1828 m)… le chapelet s’égrène doucement et avec lui nos psalmodiations en l’honneur des augustes cimes célestes.

Vers 15h30, nous atteignons le confortable refuge Laval qui date d’une dizaine d’années. Il a pris en effet la suite d’une cabane devenue trop vétuste. L’été, la circulation automobile s’arrête ici. L’univers magique du massif des Cerces s’ouvre alors aux randonneurs.

Virage télémark pas totalement maitrisé pour Paul !

Pour nous, des exercices de recherche de DVA et autres exercices de pelletage seront au menu de la fin d’après-midi ainsi que quelques gammes afin de retravailler le virage telemark si caractéristique du SRN (ski de randonnée nordique).

PURE NATURE

LES CHALETS DE LACHA

Vers 15h30, nous atteignons le confortable refuge Laval qui date d’une dizaine d’années. Il a pris en effet la suite d’une cabane devenue trop vétuste. L’été, la circulation automobile s’arrête ici. L’univers magique du massif des Cerces s’ouvre alors aux randonneurs.

Pour nous, des exercices de recherche de DVA et autres exercices de pelletage seront au menu de la fin d’après-midi ainsi que quelques gammes afin de retravailler le virage telemark si caractéristique du SRN (ski de randonnée nordique).

La soirée se passera calmement entre parties endiablées de micado et lecture des deux tomes de la BD consacrés à la vie rocambolesque d’Alexandra David-Neel dont on vient de fêter le cinquantième anniversaire de la mort en 2019.

     Au petit matin, une lumière spectrale nimbe les sommets. L’Alpe s’allume comme un lustre en cristal. Chacune des chandelles sort paresseusement de la torpeur de la nuit. L’air, constellé de paillettes de givre en suspension portées par un vent puissant venu du Nord, finit complètement de nous réveiller. Il faut s’agiter si l’on ne veut pas geler sur place. Le thermomètre du local à skis affiche un petit -7 sous abris. Avec des bourrasques à 40/45 km/h, nous frôlons le -20 en ressenti. L’ambiance est là ! Il ne reste plus qu’aux explorateurs à se mettre en route. 

Emmitouflés dans nos diverses couches de doudoune nous nous chauffons doucement en remontant les trois kilomètres nous séparant du refuge des Drayères. La neige est lustrée et empêche les écailles de nos skis de mordre correctement. Après une ou deux bosses, je choisis pour préserver les forces de chacun de faire poser les peaux. Bien nous en prend car les minutes suivantes se déroulent sur un itinéraire en dévers.

Vallée de la Clarée

Après une petite heure de progression, les Drayères sont en vue, baignées par un soleil resplendissant d’hiver. Le vent est toujours bien présent avec force et le vallon prend des allures de banquise arctique. Nous faisons une courte halte dans la cabane parée de ses atouts d’hiver avant de cheminer en direction du col des Muandes puis de basculer vers la Vallée Etroite où se trouve notre objectif du jour, le refuge i Re Magi.

Il nous faut alors monter vers le nord-est dans le vallon sous l’éperon rocheux Le Carton. Vers 2270 mètres, nous coupons le torrent de Brune enfoui sous une épaisse et belle couche de neige et obliquons vers l’est en direction du lac Rond (2446 mètres).

Notre cheminement suit alors approximativement le tracé du GR 57 jusqu’au lac des Muandes situé à 2580 mètres d’altitude. Le cadre est véritablement enchanteur. Un tapis immaculé à perte de vue sans presque aucune trace de passages. Seul le vent à par endroits cisaillé ce blanc manteau et formé des sastrugi.

Une montée régulière nous mène ensuite au col du même nom, permettant de basculer vers la Vallée Etroite grâce au vallon de la Grande Tempête.

Progressivement la majesté des Écrins s’offre à nous. Pas un nuage dans le ciel ne vient entraver notre regard. Un ciel d’un bleu azur nous accompagnera toute la journée. La chaleur timide des rayons d’hiver nous réchauffe quelque peu et fait oublier les morsures du vent. Ce n’est que partie remise pour Eole qui prend une féroce revanche au col. La pause est courte, le regard rapide en direction du célèbre mont Thabor et nous basculons dans le versant transalpin. Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, la frontière entre la France et l’Italie passait ici. Affres de l’Histoire, la Valle Stretta a ensuite été rattachée de force à l’Hexagone.

Jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, la frontière entre la France et l’Italie passait au col des Muandes

Par mesure de sécurité face à des pentes un peu trop fortes pour nos skis de randonnée nordique, nous choisissons de parcourir quelques mètres à pied avant de rechausser. Nous poursuivons ensuite par de longues traversées afin d’éviter le plus possible des trop fortes déclivités. Impossible cependant de s’arrêter pour déjeuner. Les vents tempétueux ne nous laissent aucun répit.

Après 45 minutes de progression nous parvenons tout de même à réaliser une pause plus consistante pour nous restaurer. Nos corps cependant se refroidissent très rapidement et nous reprenons sans trop tarder notre progression. Cette dernière est rendue difficile à la descente par une neige beaucoup plus capricieuse et ingrate que sur le versant des Muandes. Une croûte épaisse, striée de cannelures, a caparaçonné une épaisseur plus meuble. Pour les appuis francs, nous repasserons. Pour le style également ! Nous alternons comme nous pouvons virages en dérapage, semblant de telemark d’équilibriste et cabrioles plus ou moins contrôlées. 

 

Vers l'ancienne mine de Blanchet, nous quittons ce petit plateau par un passage surplombant un  petit canyon, pour aboutir au fond de la dernière vallée française avant l'Italie après avoir traversé un mélézin. Il ne nous reste alors deux kilomètres pour atteindre le refuge des Rois Mages où nous passons la nuit. Dans cette enclave française transalpine, cédée en 1947 par l’Italie au titre des compensations de guerre, on est plus tout à fait en France, mais pas complètement encore en Italie. L’ambiance est animée, bruyante, joyeuse. Ce refuge facilement accessible depuis Bardonecchia voit défiler nos voisins italiens venus boire un verre, manger quelques douceurs ou passer une nuit en montagne. Nous compterons d’ailleurs sur les doigts des deux mains le nombre de français noyés au milieu de cette foule parlant la langue de Dante dont les gardiens en premier lieu !

Vue sur le Thabor depuis le col

LA MEIJE

Col des Muandes (2828 m)

Dans la soirée, nous avons dû modifier notre plan de bataille initiale où nous devions passer par le col et le vallon des Thures. En effet, sur la première partie de la descente devant nous ramener à Névache, le gardien nous a prévenu que des corniches menacent de s’effondrer. Impossible de prendre le moindre risque, d’autant plus après la journée très venteuse que nous venons de vivre.

Le manteau neigeux étant stabilisé depuis maintenant de nombreux jours, j’opte donc pour le plan C consistant à emprunter la route du col de l’Echelle depuis le débouché de la Vallée Etroite. La route est fermée en hiver à cause des risques d’avalanche sur la partie terminale au niveau du Mauvais pas qui est dominé par des pentes où peuvent se survenir des glissements. Le versant qui prend largement le soleil du fait de son exposition, a largement eu le temps de se purger.

La montée est régulière et sans difficulté. Nous dominons progressivement toute la haute vallée de la Doire ripaire qui constituait l’escarton d’Oulx de la légendaire République des escartons de Briançon. De 1343 à 1789, cette dernière constitua une des formes les plus aboutie de démocratie populaire avec élections de consuls régissant l’organisation de la vie de la communauté. La Révolution française mis un terme à cette expérience politique unique dans ces confins alpins du Dauphiné.

En cheminant vers le sommet du col où nous croisons des vestiges d’anciennes avalanches, nous échangeons sur les risques inconsidérés que prennent les migrants pour passer de l’Italie vers la France au péril de leurs vies. Les guides et accompagnateurs du briançonnais réalisent ainsi lors des nuits les plus froides, des maraudes hivernales pour tenter de sauver ces pauvres ères.

Col de l'Echelle (vallée de la Clarée)

A force de digressions, nous en venons à évoquer la série télévisée Alex Hugo qui sous couvert d’enquêtes policières, aborde toujours des thèmes d’actualité. De l’emprise des sectes, en passant par la mise en place de réseaux de passeurs faisant espérer un avenir meilleur par delà les Alpes. Le tout en plaçant au coeur des intrigues les somptueux paysages de la Clarée, les lacs du briançonnais où le vallon de Cervière. On s’attend à tout instant à voir surgir au détour d’un tournant Samuel Le Bihan (Alex Hugo dans la série) ou son compère Lionel Astier (Angelo Batalla).

'' Au pays d’Alex Hugo, entre cinéma... et tragédie humaine ''

A force de digressions, nous en venons à évoquer la série télévisée Alex Hugo qui sous couvert d’enquêtes policières, aborde toujours des thèmes d’actualité. De l’emprise des sectes, en passant par la mise en place de réseaux de passeurs faisant espérer un avenir meilleur par delà les Alpes. Le tout en plaçant au coeur des intrigues les somptueux paysages de la Clarée, les lacs du briançonnais où le vallon de Cervière. On s’attend à tout instant à voir surgir au détour d’un tournant Samuel Le Bihan (Alex Hugo dans la série) ou son compère Lionel Astier (Angelo Batalla).

Névache (Vallée de la Clarée, Hautes-Alpes)

Après avoir passé deux tunnels taillés à même la roche et quelque peu encombrés par les restes de neige d’anciennes avalanches, nous atteignons un beau vallon parsemé d’une belle forêt d’arolles et de mélèzes, dominé par les Rochers de la Sueur d’un côté et l’aiguille Rouge de l’autre.

 

Au col, nous rencontrons un couple d’Aix-en-Provence avec qui nous bavardons quelques temps et en profitons pour nous faire prendre en photo devant le panneau du col. Puis débute une belle cavalcade à tombeau ouvert jusqu’à Névache sous un ciel de cinéma. Une lumière d’or nous enveloppe, la fameuse lumière des Alpes latines.

Demoiselles presque coiffées (Vallée de la Clarée)

Contact

© 2012-2020 La Terre vue des Cimes. Tous droits réservés

  • White Facebook Icon
  • White Twitter Icon
  • White Vimeo Icon
  • White Pinterest Icon